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 › FRANCOPHONIE

Journalisme, investigation et transparence

L'economiste.com - vendredi 15 décembre 2017
par Meriem OUDGHIRI -Extraits-

Le Président guinéen Alpha Condé à son arrivée à la clôture des Assises, en compagnie de Jean Kouchner, Secrétaire général international de l’UPF (au milieu) et Madiambal Diagne, président international de l’UPF (à droite)
(Photo Philippe Cortes.)

Menaces, secret des affaires, secret défense, difficile accès à l’information, fake news, intox... le monde du journalisme d’investigation est en pleine ébullition. «La publication l’an dernier des Panama Papers et cette année des Paradise Papers illustre combien le journalisme d’investigation a un rôle formidable à jouer dans la vitalité du débat démocratique», estime Julia Cagé, professeur d’économie à l’Institut d’études politiques de Paris, lors de la conférence inaugurale des 46ème Assises de la presse francophone, qui se sont déroulées à Conakry du 20 au 25 novembre dernier.

Un événement majeur, organisé par l’Union internationale de la Presse francophone (UPF), qui a accueilli plus de 300 participants de plus de 48 pays. Dès le démarrage, le ton est ainsi donné à ce qui a été une grand-messe des médias francophones durant laquelle personnalités médiatiques et politiques ont échangé et débattu des enjeux et des défis auxquels fait face la presse dans le monde francophone.

«Journalisme, investigation, transparence», le thème de cette année est au cœur des nombreuses préoccupations des professionnels. Grande qualité des débats et des intervenants, partages et concertations ont caractérisé ces 46es Assises de la presse francophone. Une presse francophone qui est aujourd’hui «un idéal, une ambition, un levier, un relais et une force que nous devons tous soutenir»,  a souligné Tidiane  Dioh, Responsable du programme médias à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Plus de 300 représentants de médias de plus d’une cinquantaine de pays.
Indépendance, rigueur, éthique, courage. Cette année encore, les Assises de Conakry ont enregistré une participation record en accueillant plus de 300 représentants de médias de plus d’une cinquantaine de pays.

Jusqu’où peut aller une investigation journalistique? Lutte de pouvoir, manipulations... que cachent les fausses informations? Comment combattre les rumeurs? Quels moyens pour limiter l’effet amplificateur des fausses infos sur le Web? Comment démêler le vrai du faux? Les journalistes doivent-ils se transformer en chasseurs de fausses informations? Le Web, menace ou opportunité? De grandes interrogations qui se posent avec force et qui poussent à une réflexion vitale sur les changements de modèle de la profession. Aujourd’hui, avec la société numérique, ces challenges concernent aussi bien les sociétés évoluées que les plus fragiles.

La profession du journaliste est attaquée
«Il faut se réjouir de la publication des Panama Papers et, en même temps, elle vient nous rappeler de manière très violente à quel point le journalisme d’investigation est en péril aujourd’hui»
, relève Julia Cagé. «Nous vivons une époque où l’information est rapide, où la profession du journaliste est attaquée et nous avons perdu ce que notion d’enquête, de rigueur signifie. Nous avons vraiment perdu la notion de l’importance de l’information indépendante et de l’importance du travail de journaliste», estime pour sa part Romaine Jean, rédactrice en chef magazines TV, RTS. 
«Le journaliste a une seule religion, celle du fait», soutient-elle. Avec l’avènement du numérique, d’autres menaces beaucoup plus sournoises émergent. Ces nouvelles menaces s’appellent paupérisation, concentration  de la profession, problème de formation.

Beaucoup pensent que Facebook est une source d’information
Aujourd’hui, estime Romaine Jean, le journalisme d’investigation est plus nécessaire que jamais. Il a besoin d’indépendance, de rigueur, d’éthique, de courage aussi. «Ce sont ces valeurs qui font l’honneur de cette profession». Avis partagé par Christophe Champin, Directeur adjoint chargé des contenus numériques à RFI, pour qui ce type journalistique est indispensable face à la multiplication des réseaux sociaux «qu’on aime et qu’on déteste à la fois. Beaucoup pensent à tort que Facebook est une source d’information. Nous devons, nous médias, être présents sur ces réseaux car il est important qu’une information documentée soit diffusée. Nous devons nous adapter à ces nouveaux canaux qui évoluent sans arrêt». Autrement dit, une marche forcée où les codes changent, imposent de nouveaux défis et transforment en profondeur la recherche, la production et la diffusion de l’information. Ces nouveaux moyens ont bousculé sur leur passage l’exercice d’une profession qui se pratique désormais à la vitesse grand V.

Le journalisme d’investigation c’est sortir du travail routinier
«Le journalisme d’investigation est indispensable pour un journal. Avec la multiplication des médias, il faut aller en profondeur, particulièrement pour la presse écrite, pour pouvoir répondre aux attentes du public»
, renchérit Abdelmounaïm Dilami, Président du Groupe Eco-Médias et Président d’honneur de l’UPF. 

Le travail d’investigation se heurte aussi à un autre obstacle, et qui a fait l’objet d’une des tables rondes, le secret des affaires qui fait peser de lourdes contraintes sur le libre accès à l’information. «C’est un combat qui n’est pas gagné d’avance particulièrement sur notre continent», estime un intervenant. Même constat chez les professionnels du Nord rappelant la directive votée par le Parlement européen pour protéger le secret des affaires.

Les Assises de Conakry ont ainsi permis de mettre à plat un grand nombre de  préoccupations et de défis avec pour finalité de restaurer le cœur du métier de journaliste et de le repenser dans cet univers éclaté où l’information déborde à l’excès sur toutes les plateformes existantes. «Même si nous avons reconnu que les publics parfois ne recherchent dans les médias que le reflet de leurs propres convictions construites sur des clivages idéologiques et sociaux. Cela ne dédouane pas le journaliste de faire son job», rapporte Evelyne Owina Essomba, journaliste-reporter, CRTV au Cameroun.

Faire son job c’est en effet recouper, vérifier, synthétiser, analyser l’information. Les nouveaux canaux ne peuvent pas se substituer à l’expertise journalistique. Dans un univers de flux permanent, les médias devront continuer à approfondir, à expliquer, à mettre en perspective dans un monde de plus en plus complexe et foisonnant.

Après l’investigation et la transparence, le thème brûlant des migrations sera au cœur des Assises de la presse francophone 2018 qui se tiendront à Erevan, capitale de l’Arménie, en parallèle au Sommet de la Francophonie prévu dans ce pays sous le même thème.

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